2040, 5 futurs possibles et comment s’y préparer

Entrepreneur et chercheur, docteur en psychologie, diplômé d’Oxford et de HEC, spécialiste du futur du travail, cofondateur de plusieurs sociétés d’innovation RH, Jérémy Lamri nourrit une passion pour l’humain. Touche-à-tout infatigable, il a créé en 2025 Les Émergences, une association citoyenne pour lutter contre la résignation et le défaitisme ambiants. Face aux menaces qui s’accumulent, il défend l’idée d’une société en mutation et de l’émergence d’une économie quaternaire basée sur la contribution. Son dernier essai, « 2040, 5 futurs possibles et comment s’y préparer » revient en détail sur les conditions de cette transition.

L’avenir sera ce que nous en ferons. Voilà le principe à retenir de « 2040, 5 futurs possibles et comment s’y préparer » le dernier essai de Jérémy Lamri. Plutôt que de décrire des lendemains qui chantent ou au contraire ravageurs, l’enjeu de ce travail prospectif est d’abord de lancer un appel à l’action. « L’avenir, loin d’être un terrain de spéculation pure, est un territoire que nous avons le pouvoir de modeler par nos actions présentes » rappelle l’auteur, en introduction de l’ouvrage. « La question qui se pose est donc de savoir comment rendre nos systèmes et notre société plus robustes face aux crises à venir ».

Porter un regard lucide sur les crises

Jérémy Lamri propose de regarder la menace en face, sans détourner le regard. D’abord, en prenant le temps de revenir sur les 9 limites planétaires telles qu’elles ont été définies en 2009 par le suédois Johan Rockström. Sept d’entre elles au moins sont d’ores et déjà dépassées.

De cette situation à haut risque découle naturellement un certain nombre de scénarios, dont la plupart n’invitent évidemment pas à l’optimisme. Le livre en passe cinq en revue, de l’effondrement possible à un renouveau humaniste. Vous l’aurez compris, c’est sur ce dernier point que se concentre la suite de l’ouvrage. En aucun cas parce que ce sursaut se produira à coup sûr, mais parce que sa survenance dépend de chacun d’entre nous.

Saisir l’opportunité d’agir

La bonne nouvelle est que pour l’heure, l’effondrement annoncé n’a pas encore eu lieu. Les changements qui s’annoncent n’en sont pas moins éminemment dangereux. Pourtant, l’auteur veut croire aussi que « la période de transition que nous vivons pourrait bien être une opportunité [pour créer] un futur où l’humanité trouve un équilibre entre progrès technologique, justice sociale et durabilité écologique ».

Pour Jérémy Lamri, les principales sources d’espérance résident dans le constat, basé sur une lecture attentive de l’histoire, « de la résilience et de la capacité humaine à se réinventer, même dans des contextes apparemment désespérés. Les crises actuelles ne sont pas des fatalités ; elles peuvent devenir des points de bascule vers un changement positif, à condition que des actions concrètes, coordonnées et innovantes soient mises en œuvre ».

L’avènement de la société quaternaire

Précisément, le point de bascule où nous nous trouvons aujourd’hui et les actions qui en découleront pourraient conduire à l’avènement d’une société « quaternaire », organisée autour de nouveaux centres de gravité :

  • le soin apporté aux humains,
  • le respect généralisé du vivant ,
  • la défense absolue du bien commun.

Cette vision, certes optimiste, n’est pas sans fondement. Elle s’appuie notamment sur les travaux de l’économiste Michèle Debonneuil, qui a théorisé un modèle « quaternaire » de répartition de la richesse basée sur l’usage et la contribution plutôt que sur la production et la consommation. Pour Jérémy Lamri, « dans cette économie, le progrès est réinventé autour de l’épanouissement humain et de la responsabilité environnementale, posant les bases d’une prospérité partagée et durable, capable d’orienter l’humanité vers un futur où l’équilibre entre technologie et humanité devient la norme. »

Cette société est déjà en germe, et les signaux faibles se multiplient. Les expérimentations de revenu universel, le lancement d’applis comme Poppins (échange d’objets du quotidien entre particuliers), ou même le succès des offres d’autopartage ou de vélos en libre-service, sont autant de signes d’une évolution certes discrète, mais profonde, vers une société quaternaire.

Combinés aux hypothèses déterministes (les effets certains du changement climatiques par exemple) et probabilistes (comme l’avènement éventuel de la fusion nucléaire dans la prochaine décennie), ces changements agissent en forces structurantes qui « créent une pression sur les systèmes sociaux, économiques et écologiques, suggérant une probabilité accrue de scénarios de néo-humanisme ».

Du bon usage de la peur

Bien sûr, la réalité et la gravité des menaces empêchent de céder à l’optimisme béat. Et c’est précisément de cette peur légitime que peut venir notre salut. Il existe deux grands types de peurs, rappelle l’auteur : celles qui nous paralysent et « bloquent notre capacité d’adaptation face aux changements inéluctables » et celles « canalisées en stratégie de prévention » et qui agissent en « catalyseurs de progrès ». Face à la peur, réelle et justifiée au regard des risques climatiques, sociaux, démographiques, technologiques, géopolitiques, deux attitudes sont donc possibles : s’efforcer de rester rationnels face à la réalité des faits et d’agir en conséquence, ou bien céder aux croyances qui conduisent à la panique et brident l’innovation positive. De ce point de vue, « la peur est un outil fondamental pour évoluer. Elle peut être transformée en moteur d’action et d’adaptation lorsqu’elle est canalisée de manière constructive ».

Face à la peur, le livre se clôt donc sur un appel au courage individuel autant qu’à l’action collective, tant s’impose l’évidence : « Si nous refusons de contribuer à notre propre société, alors qui le fera ? »

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