Leonora Carrington au Musée du Luxembourg

À partir du 18 février et jusqu’au 19 juillet 2026 se tient au Musée du Luxembourg à Paris la première exposition d’envergure en France consacrée uniquement à l’œuvre de Leonora Carrington. Figure culte au Mexique depuis les années 60, Leonora Carrington fait depuis quelques années l’objet d’un regain d’intérêt en Europe et aux Etats-Unis. L’exposition met ainsi en lumière l’héritage exceptionnel de la peintre britannique.

L’exposition Leonora Carrington au Musée du Luxembourg est une invitation au voyage intérieur et aux interrogations fondamentales sur ce que l’on est et ce que l’on croit être. Artiste majeure du XXème siècle, féministe et écologiste avant l’heure, célébrée au Mexique au même titre que Frida Kahlo ou Remedios Varo, Leonora Carrington (1917 – 2011) se définissait comme un « animal-humain-femelle ». En quête perpétuelle de connaissance d’elle-même, elle explora toute sa vie la face cachée de l’expérience humaine. À la croisée du surréalisme, de la mythologie, de l’ésotérisme, son œuvre est celle d’une artiste totale, à l’engagement radical, qui puisera son inspiration aux sources de la Renaissance italienne, de la littérature victorienne, de l’alchimie médiévale et de la magie.

Artiste totale d’une œuvre exploratoire

« Ses peintures ne sont pas littéraires, ce sont plutôt des images distillées dans les cavernes souterraines de la libido, vertigineusement sublimées. Elles appartiennent avant tout à l’inconscient universel » disait à son sujet son ami et mécène le poète britannique Edward James.

De fait, l’œuvre de Carrington constitue un précieux contrepoint féminin à un inconscient universel dont l’expression est longtemps restée sous domination masculine. Le surréalisme était essentiellement un cénacle d’hommes ; Leonora Carrington rappelle à leur souvenir la puissance de la créativité féminine. Tout au long de sa vie d’artiste, de sa cosmologie personnelle émergera un monde foisonnant de métamorphoses et de symboles.

Leonora Carrington, Artes 110, 1944, huile sur toile © 2026 Estate of Leonora Carrington -ADAGP, Paris © NSU Art Museum Fort Lauderdale
Leonora Carrington, Artes 110, 1944, huile sur toile © 2026 Estate of Leonora Carrington -ADAGP, Paris © NSU Art Museum Fort Lauderdale

Leonora Carrington, exploratrice de l’âme

Leonora Carrington fut à la fois grande voyageuse et grande exploratrice de l’âme. Son parcours l’a menée de Florence à Paris, du Sud de la France à l’Espagne et au Portugal, de New York au Mexique, où elle devient une figure artistique majeure.

Née en 1917 dans une famille britannique de riches industriels du Lancashire, Leonora Carrington se montre très jeune fascinée par la mythologie irlandaise. Scolarisée en Toscane à l’adolescence, elle découvre la Renaissance italienne et entame sa formation de peintre, d’abord à Paris puis à Londres.  En 1937 commence une relation avec Marx Ernst, de 26 ans son aîné, avec qui elle s’installera à Paris, puis en Ardèche. Débute alors une intense période créative, interrompue par la guerre et l’emprisonnement de Ernst par les autorités françaises comme « ennemi étranger potentiel » du fait de sa nationalité allemande. Alors qu’elle fuit la France pour l’Espagne, Leonora Carrington est victime d’un viol collectif par des soldats franquistes. Ce drame, auquel s’ajoute le déracinement, la plonge dans une grave dépression qui la conduit à l’internement psychiatrique. Ce terrible épisode, qu’elle racontera quelques années plus tard dans son récit autobiographique « En Bas», marquera durablement sa vie et son œuvre.

Parvenue malgré tout à fuir l’Europe et à gagner New York, avec l’aide de Renato Leduc, un diplomate et journaliste mexicain avec lequel elle se mariera brièvement, elle s’établit à partir de 1942 à Mexico, jusqu’à la fin de sa vie. Remariée à Chiki Weisz, photographe d’origine hongroise proche de Robert Capa, et devenue mère de deux garçons, elle se consacre enfin entièrement à la peinture, puis à la sculpture, avec un succès grandissant. Dans la décennie qui précède sa disparition, en 2011, elle devient citoyenne d’honneur de la ville de Mexico et membre de l’ordre de l’Empire britannique.

Le voyage d’une héroïne

Les 126 œuvres présentées au musée du Luxembourg s’inscrivent dans une scénographie à la fois thématique et chronologique. Elles proposent une lecture du parcours de Carrington comme une transcription féminine du « Voyage du héros », élaboré par le mythologue américain Joseph Campbell, auquel elle s’est beaucoup référée pour envisager sa propre existence. « Carrington n’a cessé de naviguer à travers les savoirs ésotériques, les croyances oubliées ou les formes hétérodoxes de la connaissance, qui cherchent à changer la place des femmes dans l’Histoire » soulignent ainsi Tere Arcq et Carlos Martin, les commissaires de l’exposition. D’où leur choix de structurer la visite autour de cinq grandes sections au nom évocateur :

  • Le grand tour
  • La Mariée du vent
  • Dépaysement
  • Le voyage de l’héroïne
  • L’obscurité lumineuse
  • Cuisine alchimique

Leonora Carrington, The Powers of Madame Phoenicia, 1974, 42,5 x 44,5 cm © 2026 Estate of Leonora Carrington -ADAGP, Paris © Coleccion Galeria Oscar Roman
Leonora Carrington, The Powers of Madame Phoenicia, 1974 © 2026 Estate of Leonora Carrington -ADAGP, Paris © Coleccion Galeria Oscar Roma

Chacune d’elles permet de revenir en profondeur sur le parcours de Carrington et cette atmosphère de secret mystérieusement dévoilé qui caractérisent une œuvre tournée vers l’ésotérisme et la quête spirituelle. Dans chacune de ses compositions, Leonora Carrington a ainsi soigneusement intégré « des incantations, des signes cabalistiques, des diagrammes et autres symboles magiques, obscurcissant souvent leur finalité et leur signification derrière des récits ludiques conçus pour dérouter les personnes peu familières à ces traditions ».

C’est là la grande réussite de cette exposition, tant il apparaît à travers le choix des œuvres, que le travail de Carrington n’est pas le simple exposé de la connaissance d’un savoir mystérieux, mais l’expression de sa mise en pratique, de la traversée des territoires, du grand voyage intérieur que fût sa vie.

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